Reportage

Ski

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Raid à ski dans le massif des Cerces février 2026

Programme de la sortie :
La fiche événement:  Lien sur la page

Le séjour en images :
Notre sélection complète de photos :   Lien diaporama

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Un raid de printemps anticipé

 

Traditionnellement, notre raid à ski se plaçait en fin de programme s’anoblissant ainsi de la particule « de printemps » plutôt vendeuse, puisqu’annonciatrice du retour imminent de la saison des amours. Après plusieurs déconvenues météorologiques et nivologiques, compte-tenu de la tendance marquée au réchauffement climatique, il a été cette fois décidé d’anticiper la sortie. Sage décision au regard de la destination choisie, le massif des Cerces, se caractérisant par une altitude relativement modeste et profitant d’un climat à tendance méridionale. Notre traditionnel raid de printemps se tiendra donc cette année en plein cœur de l’hiver. Eh oui, c’est comme ça. Le monde évolue, les traditions se perdent ! …

Les Cerces, massif limité par les vallées de la Guisane et de la Clarée. Ça ne vous dit rien ? Vallée de Névache, mont Thabor, Pic du Galibier, Chaberton vous seront sans doute plus familiers. En été, il va de soi, les grimpeurs y auront apprécié les nombreux itinéraires de l’Aiguillette du Lauzet, de Tête et Roche Colombe, de Roche Robert et de Tour Termier. Joyau de nature sauvage, le massif des Cerces est une option idéale pour qui affectionne la randonnée itinérante, loin, très loin, du tumulte disneylandistique des stations de sport d’hiver…

Et comme souvent, rien ne s’est passé comme prévu. Si ma mémoire est (encore) bonne, cela faisait bien une bonne dizaine d’années que la pénurie de neige défrayait la chronique du Dauphiné Libéré. Sur la période, les Hautes Alpes ont invariablement souffert de la carence en or blanc, y rendant ainsi aléatoires les projets d’itinérance ski au printemps. Plutôt renoncer. L’observation des phénomènes liés au réchauffement climatique ne faisait que renforcer la résignation. Et pourtant, cette année, alors que nous décidons de nous adapter, les précipitations neigeuses n’en finissent plus, le froid persiste tant bien que mal, contribuant ainsi à un effet d’accumulation inédit. Nous évoluons d’un contexte extrême à l’autre. De trop peu, à trop. Et trop… c’est trop ! L’effet d’amoncellement combiné à des conditions souvent tempétueuses génère une instabilité marquée du manteau neigeux, rendant alors périlleuse la progression en environnement non sécurisé. Ainsi, sur le massif, l’évaluation du risque d’avalanche durant la période concernée, était-il invariablement indexé à 4, voire 5 sur une échelle de 5, soit en théorie, de 80 à 100% de risque annoncé de se voir coffré !... De Paris, concernant notre projet de sortie, le doute commence à nous saisir. Le battage médiatique pointant les nombreux accidents enfonce le clou. En outre, les conditions météo et de terrain sont annoncées dantesques dans le massif durant la période qui nous intéresse. Notre guide Lolo, nous rassure : « quelles que soient les conditions, c’est magnifique la montagne, on profitera de la beauté du site, on fera des bonhommes de neige et des batailles de boules de neige !... ». Autant dire que certains, surtout ceux qui ne connaissaient pas le personnage, n’ont pas été convaincus au prime abord par ces propos !... Car en les interprétant, il s’agissait bien sûr de savoir lire « entre les lignes ». Il fallait comprendre qu’il existait malgré-tout de nombreuses alternatives intéressantes écartant tout risque majeur, ménageant pour autant intérêt et plaisir d’évoluer à ski sur le massif en milieu hivernal. Règles essentielles, éviter les pentes supérieures à 25° et d’être surplombé par des secteurs susceptibles de purger. Et en cas de jour blanc, préférer l’évolution en forêt. L’avenir nous prouvera qu’il est encore largement possible dans ces conditions de se faire plaisir dans le cadre du respect de ces règles. Définitivement non convaincu, l’un de nous a rendu son tablier. C’est donc à cinq randonneurs que nous sommes partis à l’assaut des Cerces, armés jusqu’aux dents de pelles, de sondes, de DVAs, d’enthousiasme et de jovialité…

Déroulé du séjour.
Vendredi. Départ de notre périple prévu de Névache pour atteindre le refuge de Buffère. Une grosse avalanche s’est déclenchée dans la vallée de la Clarée au niveau de Val des Près. Compte-tenu des risques marqués, la route de Névache est annoncée fermée, au moins jusqu’à midi. Nous avions bien besoin de ça ! Dans un contexte d’accablement bien avancé, cette fâcheuse nouvelle vient en rajouter, testant ainsi notre résistance à la déprime. Histoire de ne pas rester inactifs, nous décidons dès lors de nous engager sur l’itinéraire de la Cochette en direction du fort de l’Infernet. Le départ est au niveau de la Vachette, au croisement de la route de Montgenèvre et de celle de Névache. On programme quelques 500m de D+, ce qui nous emmènera aux environs de midi, heure à laquelle nous serons fixés sur l’ouverture hypothétique de la route. La progression se fait en forêt. Le soleil est présent, le froid pique, la neige est abondante et d’une qualité exceptionnelle. La descente promet d’être jubilatoire. Midi. La nouvelle tombe. La route est ouverte. Ouf ! L’avenir s’éclaircit enfin. Après une descente arboricole du plus bel effet engagée sur les chapeaux de skis (??), nous rejoignons nos véhicules qui nous conduiront cette fois sur les chapeaux de roues à Névache, point de départ pour l’accès au refuge Buffère où notre première nuitée nous attend. Au global, environ 900m de D+ auront été réalisés.

Samedi. Neige et jour blanc nous accompagneront la journée durant. Au programme, montée sur des pentes modérées en direction des crêtes de l’Echaillon, redescente au refuge pour déjeuner, puis cheminement vers notre deuxième étape, le refuge du Chardonnet, en repassant par la vallée de la Clarée compte-tenu de risques trop marqués. Descente de Buffère par la forêt laissant l’itinéraire de monté sur l’Ouest. Encore une belle descente Sylvicole gavée de poudre ! … Au global, 850m de D+ et des descentes d’anthologie dans une neige exceptionnelle. Belle journée de ski.

Trace du parcours : ICI

Dimanche. Soleil éclatant et vent fort annoncés pour la journée. Nous profiterons de ces belles conditions de visibilité avant le retour du mauvais temps annoncé pour le lendemain. Dans un premier temps, nous nous dirigerons vers le col du Chardonnet en passant au pied du Queyrellin. Notre progression se poursuivra dès lors que les risques apparaitrons négligeables. Autant dire que nous avons dû faire demi-tour rapidement au regard d’un contexte d’instabilité marqué. Petite montée du promontoire dominant le lac du Chatelard pour une belle descente en direction du refuge du Chardonnet. Nous poursuivons par une ascension vers Casse Pinière en passant au pied de la Crête du Diable. Etape magnifique, les jeux de lumières sont extraordinaires, le décor sublime et varié. Nous redescendons ensuite en direction de la vallée de la Clarée par la forêt. Etape mémorable, magnifiée par une neige incroyable tapissant un terrain à la topologie joueuse, étonnamment mamelonnée,  se caractérisant par des bosses et creux marqués, résultat d’un étonnant façonnage éolien. Magique !... Une fois en bas, et bien… il ne reste plus qu’à remonter pour atteindre de nouveau le refuge du Chardonnet pour notre ultime nuitée. Mais une fois arrivés, la perspective d’arrêter là réveille un sentiment général de frustration. Le soleil est éclatant, l’après-midi est à peine entamé. On s’en referait bien une petite, histoire de se fatiguer un peu ! Problème, le terrain de jeu est terriblement restreint compte-tenu des risques. Et alors ? Pas de souci. On se refait le promontoire du matin. Les puissantes rafales de vent ont effacé nos traces du matin. Il va falloir … tracer. En montée, c’est harassant. Pour la descente, en revanche, quel plaisir d’avoir la primeur du sagouinage de pentes immaculées. Retour au refuge pour notre dernière nuitée.

Trace du parcours : ICI

Lundi. On nous avait annoncé des conditions tempêtueuses. Les prévisions étaient malheureusement justes. Dès le lever, un premier regard à la fenêtre nous fait regretter de devoir d’ici peu chausser les skis. Neige tourbillonnante, tourmente, froid et visibilité réduite à sa plus simple expression dominent la scène. La perspective de mettre le nez dehors nous fait frissonner par anticipation. Mais, comme disait ma grand-mère qui était une grande femme d’esprit : « c’est comme les chiottes ou l’cimetière, quand faut y aller, faut y aller !... ». Merci du conseille, mémé. Nous y sommes donc allés. En définitive, c’est comme plonger dans le grand bain. C’est saisissant au début, mais une fois que nous y sommes, finalement, nous nous y sentons bien. Cette étape, à l’image des autres, s’est avérée hautement réjouissante. Une fois arrivés à Névache, nous avons ainsi tous lâché de concert : « Eh bin c’est quand qu’on r’commence ? » …

Trace du parcours : ICI

Transformer une situation désespérée, en grands moments jubilatoires peut sembler impossible, sinon relever de la magie noire, voire noire foncé. Et pourtant, nous l’avons fait. Bien aidé, précisons le, par la contribution éclairée et essentielle de notre guide que nous remercions infiniment au passage. Bien sûr, pour qui concentre son intérêt sur la performance pure et la chasse aux dénivelés l’exercice était difficile. Quant à nous, humbles amateurs de grand espaces sauvages, de montagne authentique, laissant au second plan la notion d’exploit sportif, la porte restait grande ouverte, sous réserve de respecter les attitudes et comportement requis. Nous avons passé d’excellents moments d’émotions, de convivialité et de partage. Imaginez alors ce qu’aurait pu être notre sortie dans des conditions de sécurité et météo plus appropriées. Nous garderons des refuges Buffère et Chardonnet, une excellente impression pour la qualité de l’accueil et le confort, du massif, soyons francs, une certaine frustration qui sans aucun doute sera levée à la faveur d’une prochaine occasion.

 

A bientôt.
Chonch’
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Le séjour en images :
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