Reportage

Ski

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Randonnée dans le massif des Aiguilles rouges (Chamonix) février 2022

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Poursuite de la mise en jambe … étape 3

 

Chamonix, lieu emblématique chargé d’histoire de l’alpinisme, tiré vers le ciel par ses aiguilles et ses massifs, bordé de ses célèbres glaciers, sa vallée est le berceau naturel de mythiques aventures qui ont largement nourri la littérature montagnarde. Si, par le traité de Turin,  comme nous le savons tous, la commune de Chamonix devient Française au printemps 1860, force est de constater qu’ aujourd’hui, la langue de Shakespeare y prend significativement le pas sur celle de Molière.  Oui, on y parle beaucoup Anglais. Rassurez-vous toutefois, on y roule cependant toujours à droite. Chamonix, seul endroit où, à l’époque pas si lointaine, enfant, calme et sans histoire,  après une belle journée de ski,  j’ai vécu l’expérience inédite de me faire  violemment éjecter d’une navette sous l’invective « French asshole !… ».  Sur le trottoir, les bras ballants, pour la première fois confronté à la bêtise malveillante émanant en l'occurrence d'une bande d'excités  britanniques, je regardais, impuissant, blessé au plus profond de mon amour propre, s’éloigner le bus qui aurait dû me conduire sur mon lieu de villégiature où mes parents commençaient sans doute déjà à s’inquiéter. A n'en pas douter, un effet rémanent de la Guerre de Cent Ans. Décidemment, de tous temps, les relations avec nos amis Anglais sont restées compliquées. Cette anecdote somme toute banale, est toutefois restée profondément gravée dans ma mémoire, au registre des expériences formatrices. Positives, donc, observant, rassuré, que nous n'avons finalement pas, nous, Français, l'exclusivité  de la bêtise. Colonisé par des populations aisées, souvent anglophones, donc, l’endroit se distingue en outre par son « côté chic », chamarré, voire  agréablement exotique. Enchâssé entre les massifs du Mont Blanc et des Aiguilles Rouges, Chamonix offre un nombre infini de possibilités aux amateurs de progression en haute montagne. C’est pour toutes ces bonnes raisons que nous étions impatients de venir traîner nos peaux de phoque (de synthèse, précisons-le afin d’éviter les acerbes admonestations de nos amis défenseurs de la cause animale), et jeter notre coup d’œil contemplatif, sur les magnifiques, et toujours spectaculaires itinéraires du secteur.

Bien moins cossu que le gîte réservé pour notre récente sortie aux Aravis, notre camp de base aura été le refuge La Montagne, localisé à la sortie de Chamonix, sur la route menant à Argentière. Bien situé, en gestion libre, formule pratique et économique, l’établissement offre un confort rudimentaire, néanmoins suffisant, dans une authentique ambiance montagnarde qui nous plonge déjà dans l’atmosphère Chamoniarde. En général, peu portés sur le confort  superflu, les amateurs de bavantes de haute altitude apprécient ce genre d’établissement simple, essentiel et pratique…

La météo était annoncée plutôt bonne pour le weekend. Une instabilité était néanmoins notifiée pour l’après-midi de dimanche. Moyennant prudence et anticipation, de quoi laisser place à de satisfaisantes conditions pour nos deux journées de randonnée. Côté neige, en revanche, la situation ne s’arrange pas.  A l’occasion de notre précédente sortie en Haute Savoie une semaine auparavant, nous déplorions déjà une pénurie bien marquée. Les sommets soufflés et les orientations Sud laissaient apparaitre le sol nu. Trouver des neiges agréables à skier était un casse-tête. La misère, quoi ! Autant vous dire que faute de précipitation, la situation est loin d’avoir pu s’arranger. Le guide devra faire preuve de stratégies affutées pour nous livrer sur plateau d’argent, la neige dont tout le monde rêve…

Le massif des Aiguilles Rouges sera notre terrain de jeu pour ces deux jours. Véritable belvédère sur le massif du Mont Blanc, y randonner garantit une vue privilégiée sur la structure massive et morcelée des faces, dômes, aiguilles, arêtes, moraines, crevasses et  séracs caractérisant l’endroit.  Tout cela mis en exergue par des lumières magnifiques. Du grand spectacle ! Pas de doute à avoir. Nous sommes bien ici en haute montagne.

Nous partons samedi matin sous un ciel plombé. Unlucky ! Le plafond est bas. Histoire de limiter à un seuil acceptable le dénivelé positif à gravir par la force musculaire, nous prenons la télécabine à La Flégère, puis le télésiège de l’Index. A l’issue de cette ascension mécanisée, nous crevons le plafond de nuage.  Quel contraste. La vue est soudain magnifique. Le ciel est azur, le soleil, rayonnant, et nous surplombons un océan de nuage si dense qu’il est facile d’imaginer que nous pourrions glisser dessus.  Pour autant, faute de temps, nous ne l’avons pas fait... Nous quittons le domaine skiable pour une descente qui doit nous mener à notre point d’ascension vers le col des Dards situé à 2790m d’altitude. L’itinéraire passe par le lac Blanc, puis le glacier Blanc, avant d’atteindre notre point sommital (probablement blanc, lui aussi !). La nébulosité gagne en altitude, et bientôt nous dépasse. Nous revoilà plongés de nouveau dans le brouillard. Décidemment, aujourd’hui, le blanc est à la fête ! On n’y voit désormais pas plus clair que dans le trou de balle d’un ours polaire, avec pour seul spectacle divertissant, le mouvement alternatif de nos spatules, au-delà desquelles notre champ de vision se heurte à l'opacité du milieu.  Ainsi, compte-tenu de ces conditions, et d’un terrain plutôt engagé, Nicolas notre guide, décide une remontée des 200m de dénivelés que nous venons de descendre. Stratégie beaucoup moins risquée, l’idée consiste à accéder à notre point d’ascension en passant par la piste. La vue est toujours aussi  « bouchée ». Dommage d’être sur un des plus beaux balcons du monde et de ne pas pouvoir profiter du spectacle. Notre randonnée commence donc par une énorme frustration. D’autant plus marquée, que personne n’est en mesure de prédire une dissipation du brouillard avant la fin de notre ascension. Heureusement, vers le lac Blanc, l'opacité ambiante commence à se déchirer, laissant transparaitre quelques bribes diaphanes du décor grandiose jusqu’alors tapi sous son linceul de brume. Au fur et à mesure de notre ascension, au gré de la dissipation des volutes nébuleuses, peu à peu, les massifs se dévoilent. Renforcé par l'effet de diffraction des rayons solaires, le spectacle est saisissant. Le scénario parfaitement réglé. De sorte que sur le point d’arriver au terme de notre ascension, le ciel est de redevenu azur et nous surplombons de nouveau une mer de nuage écalatante de  blancheur et de densité illusoire. En quelques minutes, nous sommes passés de l’enfer, au paradis. Comme par magie, le moral a subitement refait surface. Nous pouvons applaudir metteur en scène et scénariste pour cette réalisation réglée comme du papier à musique. Le col est enfin atteint après un D+ de presque 1100m compte-tenu de la montée inopinée du départ. Les tout derniers mètres ont été gravis à pied, histoire d’accéder au véritable point culminant pour le bénéfice d’une vue dont il aurait été bien dommage de se priver.
Ici, c'est la règle. Après la montée, … la descente. La neige, bien qu’un peu piégeuse, nous aura permis de très beaux runs jusqu’au lac. Passé cette étape, le terrain se dégrade sérieusement. Ici cesse la technique du ski, et commence celle du sauve-qui-peut, et du bricolage extrême à tout va. La progression devient une véritable épreuve "déboulonnante" pour les vieilles articulations, et pour qui n’aurait pas pris le soin de s’équiper de sous-vêtements à élastiques renforcés… Fortement frustré par une descente qui n'a pas tenu ses promesses, la bienséance m’interdisant l’usage de formulations irrévérencieuses, il convient que cesse enfin  ici le descriptif de ce périple tumultueux.  
Après un peu de recul, et par l'effet d'amnésie sur  les moments les moins "glamours", il nous serait difficile de ne pas garder de  cet épisode, le souvenir d'une magnifique balade.

Dimanche, au programme, boucle Aiguillette des Houches en partant de La Flatière, en passant par le chalet  de Chailloux, et en redescendant par La Vogealle. D+900m.
Par expérience, nous savons tous que dans tout groupe normalement constitué se distingue, un boulet. Individu, qui, malgré lui, plombe l’ambiance, perturbe le planning, et ralenti le groupe. C’est normal. C’est comme ça ! Aujourd’hui, il en fallait bien un. Et comme personne ne se sentait investi de ce rôle, je l’ai endossé bien volontiers, avec, il me semble pouvoir le dire, une certaine maestria. Explication : Après une vingtaine de minutes de route, une fois garés à La Flatière, point de départ de notre randonnée , je m’aperçois avoir oublié mes chaussures de ski au refuge ! … Un aller-retour s’impose. Quarante minutes de perdues. Heureusement, pas tant que cela, car judicieusement mises à profit par Nicolas, notre guide, pour un rappel sur les techniques de recherche de victimes d’avalanches. Une fois revenu, équipé et engagé sur l’itinéraire depuis un bon quart d’heure, je m’aperçois avoir oublié mon appareil photo sur le parking. Ce deuxième pas de côté m’a valu un retour express  au parking, suivi du passage à la surmultipliée pour retrouver mes camarades en cours d’ascension avant le chalet de Chailloux…En marge de cette anecdote, nous retiendrons de cette ascension qu’elle se déroula sans histoire, toujours dans un cadre exceptionnel, jusqu’au col de l’Aiguillette. Le point sommital a ensuite  été atteint à pied au prix d’une escalade  finale un peu délicate sur un rocher glissant et couvert de végétation. Le tarif à payer pour aller planter le fanion Oxygène Stellantis au sommet de l’Aiguillette des Houches. Le ciel qui se bâche et un vent glacial soudain nous invitent à envisager un repli dans les plus brefs délais. Pas le temps de pique-niquer. Par la pente assez prononcée, puis par une qualité de neige que les bonnes convenances m’interdisent de qualifier ici, la redescente par La Vogealle est apparue assez radicale. Une fois passée l’épreuve du « mur de la mort (qui tue) », il a fallu composer avec un terrain bien éloigné de ce qu’on est en droit d’attendre en termes de qualité de glisse.  Avec une neige sévèrement croutée, aux allures de placoplâtre type BA13, le terrain s’apparentait plutôt à un vaste chantier de plaquiste. Dans ces conditions, il va de soi que truelle, couteau, platoir, ou taloche auraient été les outils les plus appropriés pour y progresser. Allez demander à un plâtrier de façonner un mur avec une paire de skis ! … Ici encore, et jusqu’au terme de la balade, le ski a fait place au bricolage de haute voltige. Convenons-en malgré tout, en dépit de conditions de descentes difficiles, ce fut globalement,  encore une bien belle  course.

Troisième étape de notre périple randonnée à skis, en dépit de conditions météo plutôt rudes et d’une qualité de neige pour le moins médiocre, l’événement Chamonix tient son rang. La magie de ce haut lieu de l’alpinisme, son ambiance unique, l’esthétique extraordinaire, le caractère spectaculaire des lieux ont largement compensé l’inconfort relatif d’une météo et d’une qualité de terrain que nous aurions naturellement préférées plus « conciliantes ». Merci à tous les acteurs de la réussite de cette sortie, Nicolas notre guide, les participants, leur jovialité et leur esprit de convivialité, le Traveller qui nous a acheminé en dépit d’une anomalie moteur signalée, notre équipement qui a fait preuve de fiabilité, nos genoux et les élastiques de nos sous-vêtements qui ont supporté les contraintes d’un terrain difficile, les carres de nos skis qui ont su faire fi de l’agression sournoise de pierres à l’affut (Paul et Jacques étant par chance en congé)…
A très vite pour de nouvelles aventures.

 

A bientôt.
Chonch’

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