Reportage
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Nettoyage psychique par le vide ...
Les gorges du Verdon, un lieu chargé d’histoire de l’escalade s’il en est. Ce ne serait trahir la vérité que d’affirmer que de ce côté de la planète, tout à commencé ici. « Tout », entendez-y la vulgarisation et l’essor explosif de l’escalade moderne en France telle qu’elle est désormais pratiquée en falaise. Lieu de tous les superlatifs, le Verdon est au grimpeur français ce que le Yosemite est à ses pairs américains. Les premières voies y ont été ouvertes à la fin des années 60. Dépendant des techniques de protection de l’époque, les ouvreurs se sont d’abord concentré sur les lignes de fissures naturelles. L’apparition du spit a ensuite ouvert d’incroyables perspectives sur ce terrain regorgeant d’impressionnants murs verticaux et de dalles compactes constellées de « gouttes d’eau ». Début des années 80, opportunément marketées, par nos
deux Patricks nationaux, Berhault et Edlinger, la discipline s’invite dans les foyers via un petit écran laissant surgir d’improbables documentaires. Souvenez vous notamment de La Vie au Bout des Doigts et d’Opéra Vertical délivrant des scènes alors inédites impressionnantes. Mes mains en transpirent encore !... Le Verdon a en effet été le berceau promotionnel de l’escalade sportive sur site naturel. Les années 80, rappelez-vous, c’est la période « Tonton » et ses promesses de changement où tout devient possible. On y a vécu le développement des radios libres, l’abolition de la peine de mort, la victoire d’un français à Rolland Garros (Tonton n’y serait à priori pour rien !), l’apogée du disco et de la boule à facette, la fête de la Musique, l’ère GTI, l’époque Bernard Tapie, cet homme d’affaire charismatique omniprésent, omnipotent, surgit d’on ne sait où, faisant l’apologie de la réussite à travers l’hyperactivité, l’argent et le sport. Vous souvenez-vous de Gym Tonic de Véronique et Davina animant frénétiquement les séances d’Aérobic, l’ancêtre du fitness, sur le petit écran ? Non ? trop jeunes sans-doute… La quête de pouvoir, de sensations fortes, de vitesse, de nouvelles émotions, d’aventure, l’entretien du corps, la santé, la recherche de performances physiques et l’exploit deviennent la norme. A une époque où pour le commun des jeunes ados, seuls le foot et le judo apparaissent accessibles, l’escalade débarque avec sa promesse d’émotions intenses et d’expériences extrêmes… Le feu a pris. Comme une trainée de poudre, l’escalade populaire soudain s’émancipe alors. C’est ainsi que, comme nombreux de mes congénères, je me suis vu entraîné dans la tourmente…
Les gorges du Verdon, on s’y rend bien sûr pour la beauté exceptionnelle du site, mais aussi pour son ambiance particulière empreinte de verticalité extrême, de vide omniprésent sur des parois calcaires vertigineuses de 250 à 700m de profondeur. Il n’est pas rare d’y surprendre un base jumper en flagrant délit de défiance aux lois de la nature … et aux lois civiles, car sachez que la pratique de la discipline est interdite en France !... Une ambiance marquée par la présence de nombreux vautours dont le vol majestueux renforce l’esthétique et la singularité des lieux. En levant la tête, il se peut que vous ayez la chance d’observer un parapentiste se partager une ascendance en parfaite symbiose avec un vautour dans un étonnant balai aérien. Magique !... Théâtre de l’émancipation de l’escalade moderne et d’exploits les plus fous, le Verdon impressionne en outre le grimpeur par sa dimension historique et sportive. C’est pour toutes ces raisons que nous tenions à revenir sur les lieux. Notre dernier séjour ici datait de plus d’une décennie. Endroit incontournable pour l’ascensionniste rupestre, il était plus que temps de rattraper notre retard en nous rendant de nouveau dans cet univers mythique !
Avec cette troisième étape du programme escalade 2025, la section propose une offre cette fois réservée aux grimpeurs autonomes en grandes voies. Dans un contexte d’entreprise où depuis quelques années nous observons notre vivier d’experts grimpeurs fondre dangereusement, nous avons « raclé les fonds » et bon gré mal gré, trouvé huit volontaires fortement motivés à braver le nettoyage par le vide et affronter le « gaz » à tous les étages !…. Pour point de chute, nous avions choisi le gîte Arc en Ciel avantageusement situé au cœur du village de La Palud. De notre précédent passage, nous en gardions un excellent souvenir. La météo était annoncée clémente sur la durée du séjour. Les matinées étaient cependant assez fraiches et les températures de milieu de journée plutôt modérées. Nous avons alors convenu de privilégier des départs pas trop matinaux et des itinéraires d’exposition plutôt Sud. Des conditions parfaites pour grimper... au soleil ! Nos quatre jours sur place s’annonçaient alors sous les meilleurs auspices…
Pour tous, l’objectif du séjour se concentrait sur le plaisir plutôt que sur la recherche de performance à tout prix. Il s’agissait alors de choisir des itinéraires dont la difficulté annoncée s’établissait un peu en deçà des niveaux maxi pratiqués.
N’oublions pas qu’en grandes voies, la performance est entravée par le port du sac à dos, le poids et l’encombrement du matériel, l’engagement et la longueur des itinéraires. Il est hors de question nous concernant, de nous « mettre au taquet » dans une voie de 12 longueurs, qui plus est, dont l’accès se fait par le haut (une fois en bas après une succession de rappels, la seule issue possible se fait par le haut… il faut sortir, et de préférence avant la nuit !) ! Et puis, acceptons-le… nous sommes désormais majoritaires à ne plus avoir vingt ans !... Ainsi, les itinéraires choisis s’orienteront essentiellement sur les ouvertures plutôt récentes, garantissant un rocher neuf et un équipement de sécurité aux normes d’aujourd’hui, sur des niveaux n’excédant pas le 6b+. Contrairement à « la croyance populaire », compte-tenu d’une offre pléthorique comptant de nombreuses ouvertures récentes, les grimpeurs de niveaux modestes ont largement de quoi se faire plaisir dans le Verdon. Voici donc le détail du programme suivi au jour le jour.
J1. Dans le cadre d’une séance de « remise en jambe », il nous a paru judicieux de choisir un terrain pas trop gazeux, plutôt rassurant et esthétique. Avec un choix de cinq itinéraires de difficulté modérée, de 5b à 6b+ max, comptant de 5 à 7 longueurs offrant un panorama unique sur le lac de Sainte Croix, le secteur Don de l’Aigle cadre parfaitement avec l’objectif. Les 4 cordées ont pu s’exprimer à volonté sur Arête de la Patte de Chèvre, La Bleue, Le Don de l’Aigle et Les Bonnes Résolutions.
J2. On passe aux choses sérieuses. Ambiance plein gaz. 3 cordées sur le secteur Mayreste Bas avec Tarabiscotage
Verdonesque la bien nommée (6b, 9 longueurs), mixte Pour le Meilleur et pour le Spit et Tarabiscotage (6b, 9 longueurs), et Spit Poker (6b+, 7 longueurs). Accès en 5 rappels. 1 cordée dans le secteur Dalles Grises avec Chlorochose (5c, 5 longueurs). Accès en 5 rappels.
J3. On poursuit en ambiance plein gaz. 2 cordées dans le secteur Dalles Grises avec Le Monde d’Après (6b+, 6 longueurs), Cocoluche (6b, 6 longueurs). Accès en 5 rappels. 2 cordées dans le secteur Echappatoire de Main Morte avec l’Usage du Monde (6a, 5 longueurs). Accès via cordes fixes.
J4. Contrainte horaire à prendre en considération. TGV à Aix en Provence pour Paris vers 19h. 2h de trajet à prévoir. Il s’agit de ne pas tenter le diable. On prévois un retour aux voitures pour un départ pour Aix à 16h. Les 4 cordées s’orientent sur le secteur de Courchonnade à Moustier Sainte Marie, sur la route d’Aix, proposant des voies de longueur modérée donnant sur un magnifique panorama avec vue sur le lac de Sainte Croix. 2 cordées dans Chignolite Aigüe (6b, 8 longueurs avec les 2 dernières longueurs de La Courchonnade), 1 cordée dans Courchonnade (6a, 7 longueurs), 1 cordées dans Imaginarium (5c, 5 longueurs). Redescente de ces 3 itinéraires par la voie romaine qui conduit au parking.
Nous sommes nombreux à avoir gardé de nos premières visites dans les gorges du Verdon un souvenir empreint d’émotions. Ma première expérience ici remonte à plusieurs décennies. A l’époque, la grimpe dans le Verdon relevait plus de l’aventure que de la pratique sportive. L’équipement en place, lorsqu’il y en avait, était « parcimonieux » et avait plutôt vocation à
limiter les dégâts. Je garde un souvenir ému des grandes classiques La Demande et La Ula, deux itinéraires que tout grimpeur passant par là se devait d’avoir coché. Adepte de l’euphémisme, je dirais que les points de sécurité étaient placés à l’économie. En outre, le rocher à l’époque était déjà bien patiné renforçant, si c’était nécessaire, le sentiment d’engagement dans un contexte de « plein gaz » omniprésent. Ambiance, ambiance !... Pour le jeune grimpeur que j’étais, par ailleurs en parfait déficit d’expérience sur ce type de terrain, l’épreuve s’est avérée disons… redoutable !... Aujourd’hui, ces deux itinéraires ont été déséquipés et restent réservés aux amateurs de terrain d’aventure. D’autres ont été laissés en l’état afin de préserver « l’éthique », certains ont été rééquipés, et surtout, l’ouverture de nouvelles voies n’a pas cessé. Avec un engagement modéré, juste ce qu’il faut, les itinéraires les plus récents apparaissent conformes aux critères de pratique d’aujourd’hui dans le cadre sportif, et offrent un large éventail de niveaux de difficulté. Certains ont été ouverts par l’UCPA, structure présente localement. Soucieux de préserver l’intégrité physique des ses clients, l’UCPA a tracé ces voies de manière à ce qu’elles présentent un engagement limité. Une des plus anciennes a été baptisée « Afin que Nul Ne Meure ». Je vous laisse juger de la pertinence du nom. L’offre est ainsi aujourd’hui plurielle et propre à satisfaire tous les profiles de grimpeurs. Bercés et gentiment dorlotés depuis bien des années au régime de la sécurité optimum conforme aux critères fédéraux de l’escalade sportive, c’est avec une certaine appréhension que nous envisagions retourner sur le « lieu du crime »… Cette crainte c’est heureusement vite dissipée. Ainsi, au cours de notre séjour, tout le monde a pu vraiment se faire plaisir avec le juste niveau d’émotions fortes et d’adrénaline qui fait de l’escalade cette pratique sportive si particulière et tant appréciée par ses adeptes. Plaisir renforcé par la présence de ces magnifiques vautours, beaux spécimens affichant presque trois mètres d’envergure à l'âge adulte, en compagnie desquels nos avons pu évoluer en synergie dans ce milieu exceptionnel. Encore une bien belle sortie. Alors à quand la prochaine ?...
A bientôt.
Chonch’
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Prochain événement : fin du programme escalade 2025. Rdv désormais au printemps 2026