Reportage
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Aujourd’hui mieux qu’hier, et bien moins que demain …
Troisième et dernière sortie d’un programme encore bien esquinté par la pandémie, Marseille, pilier incontournable de notre programme escalade, se doit de clôturer la saison magnifiquement. Selon toute vraisemblance, elle le devrait. La statistique laissée par la presque vingtaine d’années de fréquentation du lieu dans le cadre de nos sorties grimpe, laisse transparaitre une forte probabilité favorable. Que nous l’ayons pratiqué ou fantasmé, l’endroit évoque en outre, soleil, ciel azur, foisonnement unique des couleurs, exubérance des
comportements, accents chantants, maillots flashy sur épidermes bronzés, profondeur du bleu marin, lumières extraordinaires, brise aux fragrances marines et provençales, douceur climatique, été éternel, ambiances magiques... De belles et rassurantes promesses qui nous feraient presque oublier la malveillance d’épisodes Cévenols et du Mistral, qui, en embuscade en cette période de l’année, saisissent la première occasion de nuire, apparaissant ainsi susceptibles de s’inviter à la fête sans crier gare. Comme à chaque fois, c’est alors avec beaucoup d’anxiété que nous scrutons l’évolution des phénomènes climatiques jusqu’à la veille du départ. Mais si le risque climatique était avéré pour la période qui nous concernait, il en était un autre de tout autre nature, pour lequel je mets au défi quiconque d’avoir pu en soupçonner l’existence. En effet, à quelques heures du départ, alors que tout était bouclé en termes d’organisation, nous apprenons inopinément la fermeture administrative de notre établissement d’accueil. Le patron avait tout simplement omis de nous en avertir. Une conception bien personnelle du respect de la clientèle, et une bien étrange manière de récompenser une vingtaine d'années de fidélité ! Autant vous dire que ce sale coup nous restera un bon moment en travers de la gorge … Un effet collatéral de la Covid exacerbé par la négligence d’un des acteurs du projet, qui, cette fois, a sérieusement mis en péril le déroulement de notre sortie fétiche. Il n’est pas nécessaire de vous préciser que placer quinze personnes en dernière minute à une période de forte charge touristique sur Cassis, n’aura pas été sans difficulté. Une solution a été trouvée. La sortie a été sauvée. Oublions cet épisode malheureux.
Brisant une routine bien établie au grand dam des « habitués », situé entre Aubagne et La Ciotat, notre camp de base s’établira cette fois bien loin des charmes du petit port de Cassis. Fonctionnels, suffisamment confortables et pas trop mal situés, trois mobile-homes du camping « Aux Portes de Cassis » feront raisonnablement l’affaire. Rassurés, la concentration pourra ainsi sereinement se porter sur le programme sportif du séjour...
En comptant Raph, notre encadrant, c’est donc à quinze joyeux drilles que nous débarquons jeudi soir dans la région. La promesse de trois journées magnifiques sur l’un des plus beaux espaces naturels de la planète marque les visages de leur mine des grands jours et fait briller les regards. Seul bémol, des perspectives climatiques tendues sont annoncées pour lundi, le quatrième et dernier jour du séjour. Déclenchant le niveau de vigilance rouge, le malveillant épisode Cévenol dont nous parlions il y a quelques instants, s’abattra violemment sur la région, anéantissant ainsi nos projets de grimpe pour cette ultime journée. Pas de temps à perdre, donc, pour engager les grands itinéraires.
C’est ainsi que le premier jour, quatre cordées sont parties sur Cap Canaille, à l’assaut d’itinéraires à faire ou à refaire absolument : « 2 Vauriens 3 Canailles », « Mathusalem » et « Bienvenue Chez Damoclès ». Des parcours d’anthologie, aussi spectaculaires que loufoques, tracés sur une véritable curiosité géologique. Avec du grès jaune, du calcaire blanc et du conglomérat brun, constituée d’une succession bien marquée de strates de nature et de couleurs contrastées, la falaise prend des allures de pâtisserie monumentale. Pour tous ceux qui l’ont vécue, cette aventure reste un moment inoubliable ! Grimper sur un gros gâteau ne serait-il pas un fantasme universel ? Les trois autres cordées ont quant à elles choisi une belle course d’arête. « Arête de la Cordée » la bien nommée, à quelques encablures du célèbre itinéraire de l'"Arête ton Char" dans le secteur des Goudes. Lieu emblématique de l'escalade Marseillaise, et comme son nom le suggère (...?), l'endroit est un véritable petit coin de paradis. Eh oui, Les Goudes, c'est bien !...
Samedi. Deux cordées courageuses ont opté pour une incursion très matinale à Sormiou où l’accès motorisé reste interdit après 7h. Au programme, petit déjeuner au lever du soleil, et grimpe au Bec (de Sormiou, ça va de soi). Quatre autres cordées se sont aventurées sur divers itinéraires d’envergure de Grande Candelle avec au final, l’ascension de l’"Arête de Marseille" et rendez-vous pour tous au point sommital du massif au soleil couchant. Magique ! ... Une cordée s’est « égarée » du côté de la calanque de l’Oule avec pour objectif un projet qui murissait depuis déjà quelques années,
l’ascension des « Futurs Croulants ». Un itinéraire majeur en mode terrain d’aventure. Une grande classique des calanques connue internationalement. La voie a été récemment nettoyée de la redondance d’équipement vétuste. Tous les relais ont été reconditionnés (2 spits, sans chaine) et seuls quelques spits ont été placés. Que les puristes se rassurent, en moyenne, pas plus d’un tous les dix mètres. Sauf a disposer d’une marge de sécurité suffisante, ou d’un penchant marqué pour le risque, l’arsenal friends, câblés et excentriques est ici fortement recommandé. A postériori, une voie magnifique, spectaculaire offrant des paysages à couper le souffle. Sur le final, une traversée sous les toits aussi gazeuse et impressionnante que nous l’avions espérée. Avertissement à l'attention des prochains candidats à l'aventure : Sur la première longueur, veiller à ne pas s'engager sur "Les Croulants" vers laquelle le cheminement apparait naturel. Laisser à gauche la cheminée brune, obliquer vers la droite dans la zone claire, bien plus engageante et plus propice à la pose de protections...
Dimanche. Trop de vent pour envisager grimper en grandes voies. Pour tout le monde, direction « l’Etoile Noire » sur La Ciotat. Un sympathique secteur de couennes protégé du vent, tracé dans une ancienne carrière de grès. « Taillé à la serpe », fracturé, fissuré, dans des nuances de couleurs ocres transitant par les tonalités blanches, grises, et brunes, le rocher y est particulièrement esthétique. Pour une fois regroupés, ce qui n’est pas coutume lorsque nous grimpons dans les calanques, nous avons eu grand plaisir à évoluer tous ensemble.
Lundi. Apocalypse climatique. Lorsque nous émergeons de notre torpeur nocturne, en à peu près autant de temps qu’il le faut pour le dire, cent millimètres d’eau, approximativement le contenu d’une baignoire au m², viennent de se déverser sur les massifs. En dépit d’une relative accalmie, les prévisions annoncent un nouvel épisode marqué en milieu de journée. Nous sommes en vigilance rouge... et verts de rage ! Pas question de s’aventurer dans la nature. Au programme, cours magistraux en salle sur l’assurage alternatif en grandes voies, puis grimpe indoor chez Altissimo à Marseille. Magnifique salle. Une solution de repli à retenir en cas de déchainement des éléments comme il n’est pas si rare d'en vivre ici. Journée intense, à la fois instructive et sportive, finalement très appréciée…
Voilà donc résumé en quelques mots le déroulé d’une magnifique sortie qui aurait bien pu ne jamais voir le jour. Et s’eut été bien dommage. L’événement s’est distingué par une admirable convivialité et de beaux moments d’émotion partagée. Ainsi, comme le dit si bien l’adage, « Aujourd’hui mieux qu’hier, et bien moins que demain ». Tel un bon vin, notre sortie à Marseille semble en effet se bonifier avec le temps. Serait-ce le fait de la présence récurrente d’un spécialiste de l’œnologie dont le prénom suggère l’injonction à « bien la tenir », en référence au fameux tube des années 80’s signé Guesh Patti ? En cohérence avec toutes les aberrations et idées farfelues qui transitent en ces temps de pandémie, rien ne nous interdit de le penser. Notons par ailleurs, et en marge de la métaphore vinicole, que la qualité de prestation de notre encadrant suit la même trajectoire ascendante. Ce qui n’est pas sans contribuer à l’intérêt grandissant de cette sortie récursive.
Et si l’on en croit les mines réjouies, l'éclats des regards et les commentaires de fin de séjour, le doute n’a pas sa place. De plus en plus fort ! Le millésime Phocéen 2021 est bien ressenti comme étant le meilleur de toute la lignée. Dans la logique du mouvement impulsé depuis bientôt deux décennies, il nous reste désormais à espérer qu’il soit détrôné par la cuvée 2022 !...
Remercions et félicitons l’ensemble des contributeurs de cette belle réussite : Particulièrement vous, acteurs essentiels, adhérents grimpeurs présents, pour votre participation conviviale, joviale, et enthousiaste. Remercions et félicitons chaleureusement notre encadrant dont la grande nonchalance de façade n’a d’égale que les fortes compétences pédagogiques et le réel engagement professionnel qu’elle masque. Remercions et félicitons les calanques et la falaise de Soubeyranes dite Cap Canaille, pour leur générosité, leurs singularités, leur biotope, et leur capacité à mobiliser tous nos sens. Et pour finir, n’oublions pas de remercier l’épisode Cévenol, sans qui nous n’aurions jamais pu découvrir la magnifique salle d’escalade Altissimo de Marseille…
A bientôt.
Chonch’
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Le séjour en images:
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