Reportage
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Faits divers de printemps …
Coucou, nous revoilou. Que nos très nombreux lecteurs assidus (pour être parfaitement honnête, je n’en ai identifié que trois ou quatre…) se rassurent, après une saison blanche, ils seront ravis de se replonger dans le récit de nos extraordinaires aventures ascensionnelles. Une mauvaise blessure m’ayant écarté plusieurs mois du circuit grimpe, me voici désormais de retour, parfaitement rétabli et très heureux de renouer avec le rituel.
Destination récurrente depuis bien des années, située au Sud des Hautes Alpes dans le parc naturel des Baronnies Provençales, Orpierre marquera la reprise de notre programme escalade 2025. En dépit de ce trop long entracte, sachez que nous y avons parfaitement retrouvé nos marques. L’authentique village médiéval au charme provençal, son architecture typique, son église, son cimetière, ses drailles, ses passages couverts, ses petites places ombragées, ses fontaines, ses portes anciennes, et ses secteurs d’escalade variés demeurent à leur place
habituelle. Marquant depuis plus d’un millénaire l’entrée du village, l’impressionnant platane n’a pas bougé d’un iota. De même que le bar Le Portail le bien nommé puisque voisin du susdit platane identifiant ainsi l’entrée du village, qui depuis la nuit des temps semble entretenir avec bienveillance l’addiction éthylique de sa fidèle clientèle et développer méticuleusement celle du chaland de passage. Magistral éperon rocheux, l’emblématique Quiquillon éternellement dressé à sa place, domine le village de sa bonhomie, semblant y distiller sa mansuétude inaltérable…
Mais alors, rien n’aurait changé à Orpierre ? En apparence, non. Et pourtant. Un événement majeur a bouleversé l’ordinaire. Cette année, en effet, Pierre-Yves a pris sa retraite !... Noooon !!! … Hé bien si ! Personnage incontournable aux qualités humaines unanimement appréciées, proposant le gîte et le couvert, il nous avait habitué depuis toujours à son accueil attentionné et à sa cuisine artisanale créative aux délicieuses saveurs provençales. Prisée à juste titre, sa prestation apparaissait aux yeux de nos adhérents comme l’une des composantes essentielles du « produit » Orpierre. Le connaissant, il n’aurait pas cédé son affaire au premier venu. C’est ainsi que proposant une offre bâtie sur le même modèle, c’est désormais Sébastien qui a la lourde tâche de lui succéder. L’expérience nous montrera qu’il s’en sort tout à fait honorablement.
Autre évolution notoire sur Orpierre, la mise en place de toilettes sèches au pied de la falaise de Belleric. Une révolution ! Depuis sa mise en service, les buis et ceux qui sont amenés à les traverser ne tarissent de remerciements. Ouvrage essentiel, ce lieu d’aisance a pu être investi par le jeu d’un financement participatif. Les plus gros contributeurs ont la fierté de voir apparaitre leur nom dans les pages du dernier topo local. Eh bien figurez-vous que j’y apparais au titre de donateur essentiel. Alors qu’à peine plus de trois mois après mon départ de Stellantis les traces de mes quarante années de carrière sont au moment où j’écris ces lignes vraisemblablement définitivement effacées, quel honneur que de voir son nom gravé pour la postérité comme bienfaiteur de l’humanité ne serait-ce qu’au profit de la mise en place d’un vulgaire chiotte publique... On se console comme on peut !
Autre changement avéré concernant notre événement qu’il convient de mettre en exergue : de mémoire d’animateur de sorties, c’est bien la première fois que la représentation féminine sur un séjour escalade dépasse les 50 %. Dans un contexte professionnel ou cette proportion peine à atteindre les 20%, il apparait légitime de se réjouir de la situation. Des chiffres qui discréditent la croyance populaire affirmant que la gent masculine détient le monopole de l’appétence pour les activités d’adrénaline…
Mais pourquoi donc Orpierre suscite-t-il tant d’intérêt qui fait de cette destination un incontournable de nos programmes escalade ? Outre son charme irrésistible au cachet médiéval authentique, le petit village posé au pied des falaises apparait cerné de spectaculaires parois rocheuses. Il est ainsi situé au cœur d'un lieu exceptionnel pour la pratique de la grimpe.
Ici, tout est à dimension humaine. De fait, les nombreux secteurs sont accessibles à pied. On y trouve ses marques rapidement, s’approprie les lieux et s’y sent comme chez soi en moins de temps qu’il faut pour l’écrire. En outre, le calcaire y est excellent. Tout juste peut-on déplorer quelques effets de patine sur les domaines les plus anciens (Belleric, Cascade et Château). Les itinéraires apparaissent variés, esthétiques, leur équipement rassurant. Leurs accès particulièrement bien entretenus et sécurisés. Ici, la variété des voies et des niveaux de difficulté raviront autant le débutant que le grimpeur du plus haut niveau. Notons que sur les grandes voies, les ouvreurs ont pris soin de placer les points de sécurité de manière à anéantir tout risque de repli contraint, toute erreur d’itinéraire ou bivouac improvisé en paroi, laissant ainsi au grimpeur trop présomptueux la possibilité de toujours s’en sortir (vivant). Ajoutons une formule d’hébergement particulièrement adaptée à notre organisation, la superette locale permettant les appoints alimentaires pour les pique-niques du midi, la proximité des magnifiques gorges de la Méouge, qui par temps chaud offre la possibilité d’aller se rafraichir en fin de séance dans ses eaux vives, et enfin, un transport qui peut être organisé en train de nuit depuis Paris. La configuration des lieux se prêtant particulièrement aux séjours de découverte de l’escalade, Orpierre allume alors tous les voyants au vert sur les critères essentiels pour la population de grimpeurs que nous représentons.. Que cette destination prenne un tournant récurrent sur notre agenda de sorties n’étonnera dès lors personne…
Une organisation parfaitement réglée et des conditions idéales. En comptant Raphaël, notre encadrant, nous étions onze participants, dont une bonne moitié de grimpeurs inexpérimentés. Nous étions logés au cœur du village, au gîte Frontronde hébergeant jusqu’à 14 personnes. Le transport était organisé en train de nuit jusqu’à Veynes Dévoluy, puis en voiture (minibus de notre encadrant) pour la trentaine de kilomètres restants jusqu’à Orpierre. Les petits déjeuners étaient pris au gîte tandis que les dîners étaient servis dans l’espace restauration des Drailles situé à deux pas de notre lieu d’hébergement. Une formule demi-pension toujours très appréciée pour son aspect pratique et son caractère convivial.
Un soleil dominant et vent du Nord marqué étaient annoncés sur la durée du séjour. Une chaleur redoutée alors tempérée par une brise fraiche offrant des conditions particulièrement favorables à la pratique de l’escalade sur les versants Sud ici majoritaires. Devant nous, quatre jours de grimpe ensoleillés se profilaient alors au cœur d’un des plus beaux sites du territoire. Perspectives pour le moins réjouissantes…
Détail du programme au jour le jour.
Jour 1. L’ensemble des grimpeurs en défaut d’autonomie ont été pris en charge par Raphaël sur la falaise de Belleric. Objectif, maitrise de l’assurage, sensibilisation aux consignes et comportements de sécurité, apport des rudiments de technique de progression sur terrain à difficulté modérée. La diversité des voies du secteur a permis aux grimpeurs autonomes d’évoluer à proximité. Orientée Sud, la falaise bascule au soleil en milieu de matinée. En temps normal à cette période de l’année, y grimper au soleil devient vite insupportable. Heureusement, une brise fraiche a tempéré efficacement l’espace y rendant ainsi la pratique de l’escalade (presque) confortable.
Jour 2. Secteur 4 Heures baptisé ainsi car l’endroit passe à l’ombre dés 16 heures en été. Secteur 4 Heures Ouest et ses belles envolées sur dalles pour les grimpeurs autonomes, 4 Heures Est et ses dalles en 3 longueurs de difficulté modérée pour la familiarisation des débutants aux techniques de progression en grandes voies. En ligne de mire, escalade en grande voies au
Quiquillon les deux jours suivants.
Jour 3. Deux cordées en flèche (pour chaque cordée, grimpeur aguerri en tête et deux grimpeurs débutants en second) au Quiquillon. Au programme, La Jungle en Folie et Brazil, deux « vraies » et magnifiques grandes voies de 8 longueurs de difficulté comparable, cheminant en parallèle sur un peu moins de 200 m de hauteur, avec du gaz et tout et tout… Adrénalines et sensations fortes garanties pour qui découvre le concept !... Pour le reste du groupe, grimpe sur les secteurs des Blaches avec de magnifiques envolées sur Dalles du Paradis et Eternel Féminin. Certains se sont aventuré un peu plus à l’Est sur Grande Paroi Jaune et ses tracés de difficulté plus marquée.
Jour 4. Deux cordées dont une en flèche avec 2 grimpeurs débutants en grande voie plein gaz en 8 longueurs au Quiquillon sur Dièdre Sud. Les 4 autres grimpeurs en voie d’autonomie ont pratiqué sur les secteurs Racine du Ciel à Château, puis sur Belleric côté cascade sous la surveillance des plus aguerris (vérification de la technique d’assurage, conformité du nœud d’assurage, présence du nœud en fin de corde, pose de moulinettes).
Objectif atteint. Avec quatre jours de loisir sportif dans un cadre naturel exceptionnel sous des conditions climatiques particulièrement favorables, notre programme Orpierre a tenu ses promesses. Mais comment aurait-il pu en être autrement ? Alors que profitant d’un terrain de jeu exceptionnel, nos grimpeurs autonomes se sont exprimés librement où bon leur semblait, sous les conseils professionnels de Raph, nos débutants ont pu découvrir les rudiments de la technique de progression en falaise, se faire plaisir sur un terrain adapté et, ce qui n’est pas commun au stade de leur niveau technique, vivre en toute sécurité le luxe du frisson de l’escalade « plein gaz » sur de véritables grandes voies. De l’escalade de milliardaire vous dis-je !... Concernant cette population néophyte, notre séjour distillait un petit parfum d’aventure. Quoi de plus intense que d’évoluer ensemble dans ce cadre exceptionnel, que d’avoir découvert et partagé le plaisir du geste, de l’effort, du mouvement ascensionnel, de la prise de hauteur, le dépassement de soi, d’avoir défié les lois de la gravité, le vide, d’avoir dépassé sa trouille, partagé l’audace, la fierté de la réussite, peut-être aussi parfois découvert la frustration consécutive à l'échec. Et puis, est-il bon de rappeler qu’en ces temps de hautes tensions confessionnelles, l’escalade reste un moyen efficace, dépassionné et concret de jointe la terre au ciel … Quel bonheur aussi, après l’effort que de profiter sereinement des derniers rayons de soleil au cœur du village, en terrasse d’un café, sur le boulodrome, ou tout simplement à déambuler en mode introspectif ou contemplatif. Comme il devient commun de l’écrire, ceux qui connaissaient Orpierre ont pris grand plaisir à renouer avec l’endroit. Quant aux autres, pour eux, la découverte fut agréable et profitable. Ils rejoindront assurément la tribu des inconditionnels du lieu. Nous leur donnons alors rendez-vous à l’occasion du prochain épisode…
Un grand merci à Raph pour la grande qualité de son travail d’encadrant, à Sébastien qui hérite de la lourde tâche de succéder à Pierre Yves mais qui, rassurons-le, n’a pas à rougir de la prestation qu’il propose. Je profite de ma prise de parole pour faire un petit coucou à Pierre-Yves, et enfin, remercier chaleureusement l’ensemble des participants pour leur convivialité, et leur enthousiasme communicatif.
A bientôt.
Chonch’
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