Reportage
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Trois petits tours et puis s'en va …
Les lecteurs assidus de nos chroniques le savent. Récurrente depuis une bonne quinzaine d’années, la sortie de fin de saison aux calanques de Marseille reste un événement pilier de notre programme grimpe. A un moment de l’année où déambuler pieds-nus dans nos magnifiques châtaigneraies relève de l’insouciance la plus marquée, où il n’est plus rare de croiser un
gland sur l’un des innombrables sentiers sillonnant nos chênaies royales, à une période où la citée parisienne a déjà revêtu son linceul de brume voilant pudiquement la sinistre grisaille de béton sous l’influence poison des funestes jours automnaux, ou plus prosaïquement, à un moment de l’année où la mauvaise saison ayant pris ses quartiers, envisager grimper chez nous serait l’œuvre d’une démarche pour le moins intrépide, valeur sure, la région Provence Alpes Côte d'Azur promet encore d’excellentes conditions automnales pour la pratique de l’escalade …
Et pourtant, l’année 2020, que nous pouvons sans en attendre l’épilogue déjà qualifier délicatement de « à chier », ne restera pas avare de mauvaises surprises. Après un printemps gâché par la pandémie, il nous faut désormais encaisser un subit coup de folie des éléments. La météo jusqu’alors estivale depuis avril a brutalement basculé en régime chaotique généralisé. Pour une durée indéterminée, la bourrasque, le froid et les précipitations sont alors subitement devenu la norme de la Bretagne jusqu’en région PACA. Marseille n’aura pas fait exception. De quoi largement gâcher la pépite, ultime sortie de notre programme, que nous nous réservions depuis la timide reprise de nos activités sportives. Deux jours avant le début de l’événement, les conditions annoncées sur Marseille rendaient encore caduque la perspective d’y grimper. Personne ne l’a su. Mais l’annulation du séjour faisait partie des éventualités à forte probabilité. Ce n’est qu’ensuite, observant les prévisions météo doucement glisser vers des conditions de viabilité à peu près tangibles, que j’ai fait le pari, non sans angoisse, de maintenir la sortie. La suite des événements aura finalement montré que j’avais été bien inspiré. Ouf !...
Situation inespérée. Après une sinistre première journée de grisaille que les trois suivantes, radieuses, nous auront vite fait oublier, la magie des calanques a de nouveau opéré. Rassurés, c’est avec grand bonheur que nous avons retrouvé le cadre magnifique, la douceur du climat méditerranéen, les lumières et couleurs extraordinaires, les parfums singuliers, l’ambiance sauvage, cette eau turquoise, limpide et profonde, et bien sur, cet étonnant calcaire aux teintes et contrastes atypiques, si particulier à la vue et au toucher, magnifiquement travaillé par la conjonction des érosions marine et éolienne. Tous les sens sont en éveil suscitant ici plus qu’ailleurs un réel et profond effet de bien être. Toute une histoire, que j’aurais eu grand plaisir à détailler s’il m’avait été autorisé de paraphraser mes précédentes chroniques Phocéennes .
Aux aurores vendredi, le vacarme surprenant de seaux d’eau jetés sur les vitres de la chambre nous extirpe sans ménagement de nos songes. Bourrasques et précipitations mêlées, tambourinant furieusement à la fenêtre, annoncent avec véhémence qu’il est bien temps de se lever (M’enfin ?!). La situation n’augure rien de bien sympathique pour la journée qui se profile. Les fortes précipitations ont pourtant rapidement cessé, laissant place à une ambiance blafarde du plus bel effet. Une atmosphère sinistre à laquelle le lieu ne nous avait jusqu’alors guère habitué. Compte-tenu de leurs supposées vertus asséchantes, la brise bien marquée combinée aux températures agréables laissaient présager que l’escalade serait possible… Et elle le fut. Kilukru ? Le caractère peu engageant d’une météo aux allures instables nous a conduit à demeurer modestes dans nos intentions. Ainsi, nous sommes nous rendus sur le site de Port-Pin. Un petit secteur d’escalade sans prétention, ni intérêt esthétique particulier, au cadre bien éloigné des standards convoités dans la région, présentant néanmoins l’avantage de la proximité et d’un repli facile. A notre grande surprise, en dépit d’une ambiance humide larvée, d’un plafond aussi bas que menaçant, la journée ne fut pas perdue. Est-il nécessaire de le préciser ? Elle ne restera pas pour autant dans les annales.
La suivante était annoncée ensoleillée, par ailleurs la plus stable du séjour. L’occasion de se ruer sur les itinéraires d’envergure. Au
menu, fricassée de belles marches d’approche « pommatoires », salade d’ambiance sauvage et feuilleté de voies de plusieurs longueurs. Les plus aguerris ont choisi le plateau de Castelviel donnant accès à de fantastiques itinéraires copieusement ambiancés. « La Lune et le Sabre », « Le Muet qui rit », et la « Traversés Ramond » furent nos terrains d’expression. Compte-tenu de la fermeture de l’accès motorisé après 7h, Raph, notre encadrant, a de son côté, prévu une incursion très matinale sur la calanque de Morgiou. Au programme, petit déjeuner contemplatif au lever du soleil sur la Grand Bleue, précédant le travail des grandes voies sur la falaise du Renard. Maaaaagique !...
Troisième jour. Soucieux de mettre à l’épreuve ses élèves, Raph propose à tout le monde une incursion dans « La Paroi des Toits ». Magnifique falaise dominant l’Aiguille de Sugiton, impressionnante autant par la couleur, les anfractuosités de sa roche que par son dévers joliment prononcé. Ici, le barycentre de la difficulté gravite aux environs du niveau 7. Ticket d’entrée : Quelques 5c/6a mais dont la singularité inhérente à la surfréquentation, les rapproche plus de la patinoire municipale que de la voie d’escalade. De là à assimiler l’escalade à un sport de glisse, il n’y a qu’un pas… que je ne franchirai pas. En tout cas, les élèves de Raph en ont eu pour leur argent… et certaines indiscrétions m’ont laissé penser que les oreilles de notre bien aimé moniteur ont dû sans doute quelques fois siffler un peu !...
Dernier jour, soleil radieux mais ambiance fraiche et ventée. Ce sera Cap Canaille pour trois cordées avec les classiques néanmoins extraordinaires « Ouvreur de Bouses », « Deux Vauriens Trois Canailles », « Bienvenue chez Damocles », et Sormiou la magnifique pour tous les autres. Extra !... Vraiment rien à jeter !...
Trois petits tours et puis s’en va. L’adage populaire résume ainsi bien la situation. Bouclant une saison à peine entamée, nos trois sorties escalade à Bouilland, Orpierre et Marseille, sont apparues aussi furtives que brillantes. Un effet feu follet remarquable qui met un terme éclatant et heureux à un programme aux fragrances hydroalcooliques sévèrement gâché par le ravage de la pandémie. Etrange bal masqué !...
Un grand merci à nos adhérents grimpeurs qui, en dépit d’une situation sanitaire inquiétante, ont su braver, le port du masque, le port du casque, le port de Cassis, pour certains l’inconnu, le vide, les difficultés inhérentes à la progression verticale, l’apprentissage des nœuds, l'usage dans le bon sens des lunettes et du dispositif d'assurage, les aléas météorologiques, les chutes de pierres, de Paul ou de Jacques, et autres manifestations désagréables des effets de l’apesanteur, pour venir partager leur passion, leurs émotions et satisfaire avec nous leur soif de liberté et d’ascension rochassière en milieu naturel d’exception….
A bientôt.
Chonch’
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Le séjour en images:
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